25/06/2009

Récit et Légende - Origine du nom de la ville de Carcassonne

 

Une certaine dame Carcas

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Notre amie Paule Laffont est originaire de Carcassonne, dans le département de l'Aude, en France. Cette magnifique ville foritifiée est connue dans le monde entier et les remparts qui entourent la cité constituent en Europe l'ensemble le plus complet de fortifications du Moyen Age. 

Le nom de la ville est, prétend-on, lié à des légendes tournant autour de la dame Carcas.

Un dame nommée Carcas sonnait du cor quand passait Charlemagne selon les uns. Selon les autres, cette dame Carcas, veuve d'un militaire, serait venue à bout de Charlemagne qui faisait le siège de la cité depuis six ans. Au moment du retrait des troupes, dame Carcas aurait fait sonner toutes les cloches. "Carcas sonne !" auraient commenté les vaincus.

La version que nous donne notre amie Paule, autochtone, est encore différente. L'action se situe au moment d'un conflit, de la déclaration d'une guerre. La gardienne de l'église ou d'une tour de la cité est sommée de sonner le tocsin. Le peuple exige cet avertissement. Cette dame, appelée Carcas, se précipite, hélée par la foule : "Allez, Carcas, sonne !" C'est, dit la légende, à l'occasion de cet épisode que la ville a trouvé son nom.

Tirons profit de l'occasion pour relire le réjouissant poème de Gustave Nadaud, Carcassonne.

Je me fais vieux, j’ai soixante ans,
J’ai travaillé toute ma vie,
Sans avoir, durant tout ce temps.
Pu satisfaire mon envie.
Je vois bien qu’il n’est ici-bas
De bonheur complet pour personne.
Mon vœu ne s’accomplira pas :
Je n’ai jamais vu Carcassonne !

« On voit la ville de là-haut,
Derrière les montagnes bleues ;
Mais, pour y parvenir, il faut,
Il faut faire cinq grandes lieues ;
En faire autant pour revenir !
Ah ! si la vendange était bonne !
Le raisin ne veut pas jaunir :
Je ne verrai pas Carcassonne !

« On dit qu’on y voit tous les jours,
Ni plus ni moins que les dimanches,
Des gens s’en aller sur le cours,
En habits neufs, en robes blanches.
On dit qu’on y voit des châteaux
Grands comme ceux de Babylone,
Un évèque et deux généraux !
Je ne connais pas Carcassonne !

« Le vicaire a cent fois raison :
C’est des imprudents que nous sommes.
Il disait dans son oraison
Que l’ambition perd les hommes.
Si je pouvais trouver pourtant
Deux jours sur la fin de l’automne…
Mon Dieu ! que je mourrais content
Après avoir vu Carcassonne !

« Mon Dieu ! mon Dieu ! pardonnez-moi
Si ma prière vous offense ;
On voit toujours plus haut que soi,
En vieillesse comme en enfance.
Ma femme, avec mon fils Aignan,
A voyagé jusqu’à Narbonne ;
Mon filleul a vu Perpignan,
Et je n’ai pas vu Carcassonne ! »

Ainsi chantait, près de Limoux,
Un paysan courbé par l’âge.
Je lui dis : « Ami, levez-vous ;
Nous allons faire le voyage. »
Nous partîmes le lendemain ;
Mais (que le bon Dieu lui pardonne !)
Il mourut à moitié chemin :
Il n’a jamais vu Carcassonne !

12:52 Écrit par animation sainte-anne dans récit | Lien permanent | Commentaires (0)

24/06/2009

Récit : Histoire de Madame Panpan

HISTOIRE VRAIE DE MADAME PANPAN

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Andrée Belot

Winenne d'antan (source: ma-passion-musique-maroc.over-blog.com/articl... )

C'est l'histoire d'une dame qui vivait de mendicité, on la surnommait Madame Panpan car elle allait toujours frapper aux portes, un jour chez l'un, un jour chez l'autre. Elle pouvait passer le journée. On l'invitait à manger. Le lendemain, elle déjeunait ailleurs. Partout, elle était bien accueillie. Les gens pensaient qu'elle n'avait pas grand-chose pour subsister et par conséquent la recevaient avec générosité. Elle vivait dans une petite maisonnette, elle avait le strict nécessaire.

A son décès ses neveux ont trouvé des louis d'or. J'ignore combien mais tout de même un joli pactole. Elle avait caché son magot dans la buse du poêle. On a compris pourquoi elle ne faisait jamais de feu. 

C'est étonnant, elle vivait de mendicité, elle avait une pantoufle d'une sorte, la seconde d'une autre. Je la vois encore, avec son tablier, ses jupons larges, c'était une petite dame, ses habits étaient toujours propres mais usés, elle avait un teint un peu grisâtre. Elle était très sociable. Si on ne souhaitait pas sa visite elle n'insistait pas. C'était une femme de Winenne. Le vrai nom de cette dame, je ne l'ai jamais su, on l'appelait Anna Panpan. C'était une personne agréable.

Je l'ai toujours connue vieille, enfin, sa physionomie ne changeait pas, elle avait un chignon. J'étais gamine quand elle est morte, j'avais 15 ou 16 ans, mais je me souviens d'elle, ça m'a marqué.Quand je l'évoque, je la revois.

12:58 Écrit par animation sainte-anne dans récit | Lien permanent | Commentaires (0)

22/06/2009

Légendes et récits de nos résidants

La légende des Trois Dames de Bouvignes

 

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Germaine Cravatte

 

 

J'ai entendu parler de cette histoire quand j'étais gamine. C'est le chanoine Hayot, curé de Bouvignes, qui la racontait. Toutes ces histoires à propos du passé, de la mémoire, des vestiges  de Crèvecoeur l'exaltaient beaucoup. Aujourd'hui, le chanoine est mort, il a une stèle encastrée dans une paroi de l'Eglise. Quand je pense aux dames de Crèvecoeur, c'est le souvenir du chanoine qui me revient en mémoire. C'est lui qui nous a raconté cette légende.

 

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Le château était assailli. l'ennemi prenait clairement le dessus. Après une longue résistance, les soldats du château succombaient les uns après les autres. Trois Dames s'étaient réfugiées dans une tour du château de Crèvecoeur. Elles comprenaient que c'était perdu et plutôt que de se laisser prendre, elles se donnèrent la main et elles se jetèrent dans le vide.

 

Légende , dit-on. Peut-être. Il y a toujours une messe chaque année pour les dames de Crèvecoeur. Le Chanoine affirmait qu'une somme d'argent était placée afin qu'une messe soit célébrée chaque année à la mémoire des Trois Dames. C'est le souvenir, fort imprécis, que je garde aujourd'hui de la légende.

 

Quand on était gosses, on allait jouer sur les ruines. Mon frère allait prendre des grenouilles dans les étangs formés par la pluie. On pouvait accèder par le bois de sapins. On pouvait aussi gravir par les marches. Quelquefois, je montais par les rochers. C'était malgré tout un lieu qui présentait du danger. A cette époque, les lieux étaient très animés. C'était magnifique pour les enfants : les bois, le château, les cachettes, la vue magnifique.

 

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Le Chanoine Hayot avait fait consolider la tour, mais c'était déjà trop tard, c'était trop abîmé. Le Chanoine était un peu attristé par le résultat, dans l'ensemble, ces réfections paraissaient trop neuves.

 

Franz Paquet racontait aussi la légende des Trois Dames. Il était peintre et photographe. Il avait perdu un bras dans un accident ferroviaire, je crois, il était manchot. Les enfants l'adoraient. C'était un homme bienveillant, plein de gentillesse. Il était athée mais était tout de même très copain avec le chanoine. Avant de se rendre à la messe dominicale, tous les enfants de Bouvignes, coiffés de leur plus beau bonnet, passaient chez Franz. Par un tour à sa manière, il parvenait toujours, sans être aperçu, à saisir le joli bonnet d'un enfant et à le remplacer par son vieux bonnet. Franz nous avait raconté une autre tradition bouvignoise. Quand quelqu'un avait fauté, on montait en haut de Crévecoeur et on entonnait un chant dans lequel on glissait la faute : on chantait pour que chacun profite de l'anecdote. On ne ferait plus ça aujourd'hui. Cette chanson se terminait par "Holà, holà, vivent les Bouvignois". Elle était en wallon.

 

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Deux compléments d'information sur la Légénde nous sont fournis par la fille de Germaine. Le premier in "Wallonie, Terre de Légendes" (Noir Dessin Production, 1998, Grivegniée, Liège). Ces sources nous permettent de situer la légende dans le temps. L'acte de résistance des trois Dames a lieu dans les circonstances suivantes. La chose advient en 1554. Menant un projet d'invasion des Pays-bas, les soldats de Henri II, roi de France, exigent que Bouvignes ouvre ses portes. Refus. L'assaut est donné et il s'en suit une véritable tragédie. Malgré la défense héroïque des soldats du château, les bombardmeents et les assauts viennent à bout de leur courage. C'est dans ce cadre que le livre situe le sacrifice des Dames de Crèvecoeur. Cette histoire, apprend-on, se répand, coloportée au XIX ème siècle, par un chanteur de rue aveugle. En voici quelques vers :

 

Pour ne pas tomber vivantes,

 

aux mains des durs assiégeants, les trois dames bravement

 

s'en vont sur la tour branlante, monter en blancs vêtements

 

et par la main se tenant, elles font une prière

 

en levant les yeux au ciel et puis, d'un saut merveilleux

 

quittant la tour meurtrière, tombent dans l'air du Bon Dieu

 

sur les piques et les pieux. Depuis ce trépas si digne

 

qui nous crève à tous le coeur, on appela Crèvecoeur,

 

le vieux château de Bouvignes ...

 

La seconde source nous vient de la revue "Les Echos de Crèvecoeur" (décembre 2001, n°9 - Cercle Bouvignois d'Archéologie, d'Histoire et de Folklore") sous la forme d'un long poème de Franz Raiwez dont voici le premier quatrain :

 

Elles étaient trois soeurs, toutes nobles et belles.

 

On disait au château : les saintes demoiselles.

 

Oh ! pure était leur âme et simple était leur coeur.

 

Un seul culte étranger les possédait : l'Honneur !

 

(Les Echos de Crèvecoeur, 29 rue Richier, 5500 Bouvignes - Contact Mail : jeanbaptiste.raty@yucom.be )
  

13:26 Écrit par animation sainte-anne dans récit | Lien permanent | Commentaires (0)