09/03/2011

Faits de guerre à Bertogne (Jacques Diez)

Faits de guerre à Bertogne (J.Diez)

Les maquisards circulaient dans toute la région, y créant de petits postes de sauvetage. Monsieur Joseph Perrad (mon grand-père) était un combattant de la guerre 14-18. Il n'appréciait pas du tout les Allemands, il les haïssait même. Il a hébergé de nombreux illégaux, des aviateurs alliés. C'est à cette époque que mon futur oncle, Mr Schieres, Luxembourgeois enrôlé de force par les Allemands, est venu chercher du secours au moulin. Il avait déserté.

Les maquisards aussi vinrent dans la région du moulin et y établirent des endroits de recul. Ils y stockèrent des armes diverses. Il leur vint même de la dynamite de l'Union Soviétique. Ceci leur permettait d'entreprendre des actions de sabotage. Dans les maquisards, on trouvait des Flamands, des Hollandais et même un Algérien et des Wallons, tous originaires de la région. Ces gens se déplaçaient fréquemment entre les différents points de ralliement. Ils accomplissaient des actions de sabotage, ils rassemblaient des nouveaux adhérents.

Ils s'approvisionnaient en nourriture auprès de toutes les fermes des environs. La trahison leur a souvent causé de sérieux problèmes. Par exemple, un jour, vers 3 heures du matin, la famille est réveillée par l'agitation anormale des chiens. Ils aboient dans la nuit. Leurs aboiements avertissent d'un danger. Les Allemands encerclent le moulin. Ils font sortir tout le monde, les gens étaient à moitié vêtus, mon grand-père a été brutalisé, tous ont été malmenés. Une seule personne n'a pas été molestée : ma tante Anna. (Je l'ai toujours trouvée suspecte). Les Allemands ont tenté d'obtenir des renseignements sur les maquisards, ils n'ont rien obtenu. Un traître les avait informés que des maquisards vivaient et passaient dans les lieux. Les Allemands ont battu tout le monde. Les résistants, logés dans l'étable, ont pu s'échapper. Mon grand-père était une boîte-aux-lettres de la résistance.

Par mesure de représailles, les Allemands détruisent la roue du moulin et se retirent avec sept prisonniers : ma famille. Ils sont conduits à la prison Saint-Léonard à Liège en omettant d'y associer ma tante Anna. Pourquoi était-elle ainsi protégée ? Je me suis toujours posé la question.

Le 6 juin 44, les prisonniers sont transférés à la Citadelle, à Liège. Ils y seront torturés par les Allemands et les rexistes. Mon grand-père et Schieres et les autres sont déportés en Allemagne, à Dachau. A Dachau, ce groupe sera libéré par les Allemands. Hélas, deux membres du groupe des 7 avaient été fusillés.

De tous ces gens qui ont servi la résistance, seuls quelques-uns ont pu échapper au sinistre sort de la captivité. D'entre ces gens qui ont pu échapper aux Allemands, il y a eu un Hollandais.

Tout cela s'est passé dans un grand brouhaha puisque nous pouvions estimer le groupe des Allemands qui entourait le moulin à quatre cents individus.

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Mon Grand-Père à 83 ou 84 ans. Il vivait encore au moulin à cette époque

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Le Moulin après sa totale réfection (sources iconographiques, "Des Moulins et des Hommes", Jacky Adam - Des Moulins et des Hommes asbl)

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Jacques Diez, le narrateur

11:01 Écrit par animation sainte-anne dans Jacques Diez | Lien permanent | Commentaires (0)

07/03/2011

Autres activités de mon grand-père (par Jacques Diez)

RAHIMONT (suite) par Jacques Diez

Mon grand-père, indépendemment de son activité meunière, s'occupait d'entretenir la santé de ses vaches en les conduisant paître dans les pâtures dispersées dans les bois de Rahimont. J'ai moi-même, lors de mes vacances, été garder les vaches. Et pour ce faire, je tentais toujours de me faire accompagner d'un ou deux chiens. Particulièrement un de ceux-là s'appelait Lebou, ainsi baptisé par mon grand-père. C'était une femelle, elle avait engendré deux chiens, deux mâles qui vivaient aussi à la ferme. L'un était gris comme un loup, l'autre, Pitchou (en souvenir des terribles activités du Dr. Petiot), était crème et blanc. Lebou était une chienne rousse de taille moyenne. Elle logeait à l'extérieur du moulin dans une niche que mon grand-père avait construite. Les deux autres vivaient dans les écuries de la ferme.

Lorsque j'étais absent, c'est mon grand-père qui gardait le troupeau accompagné de sa ligne. Il pêchait allègrement la truite, parfois "à la main". Il m'a montré comment il faisait. Il allait les saisir sous les grosses pierres. Il y en avait toujours pour se faire prendre. C'est lui aussi qui assurait la traite des vaches.

Mon grand-père était aussi apiculteur. Il avait un rucher sur les dessus du site composé d'une vingtaine de ruches. C'était un endroit que j'approchais le moins possible. Il produisait du miel de genêt et de myrtilles. Ma grand-mère en faisait des confitures et des tartes.

Pour ce qui était des travaux hors moulin et vaches, il jetait un coup d'oeil sur l'ensemble et il faisait ses jardins. Un faisait une douzaine d'ares, l'autre une dizaine d'ares. Il faisait les salades, les concombres, les pois, les haricots, etc. Les pommes de terre étaient cultivées en hauteur, à proximité du bois, sur un terrain de vingt-cinq ares. Ce terrain lui donnait beaucoup de soucis à cause des sangliers. Il avait construit un abri et quand les sangliers s'aventuraient dans son terrain, il faisait feu. Il allait parfois veiller la nuit. On a mangé souvent du sanglier. Il faut dire qu'on vivait loin des premières maisons, quatre à cinq kilomètres, nous étions esseulés et libres ! Ma grand excellait à cuisiner le sanglier. Le sanglier n'était pas entièrement consommé immédiatement, il y avait des morceaux (jambons, par exemple) qui étaient séchés et fumés avec le foyer de la cuisine (dans l'âtre). Ma grand-mère était très douée.

Ma grand-mère faisait aussi une pâte simple (lait et farine). Elle en prenait des mesures dans une cuillère qu'elle faisait cuire dans l'eau bouillante. Elle réservait ces petits dans un plat. Ensuite, elle coupait des cretons de lard qu'elle rôtissait à la poële, ce qui donnait une masse de lardons et du jus de cuisson qui servait. Elle couvrait ensuite les petits pains des lardons et du jus. On appelait ça les knuddels. Il n'en restait jamais. Au début, j'ai eu du mal avec cette nourriture. Mais mon grand-père ne transigeait pas. Il fallait manger tout le contenu de son assiette. J'ai fini par adorer ce repas. J'en réclamais à Bobonne.

Venait le soir. Nous nous éclairions à la lampe à pétrole, seul moyen d'éclairage à cette époque. Mon grand-père n'a jamais voulu installer une génératrice sur la roue du moulin. Il n'aimait pas l'électricité. On montait au lit avec une bougie. Chacun avait sa bougie.

A la vesprée, mon grand-père lisait son journal à la lumière de la lampe à pétrole, ma grand-mère tricotait et ma mère raccommodait les vêtements. 

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Rahimont en hiver 1938

11:19 Écrit par animation sainte-anne dans Jacques Diez | Lien permanent | Commentaires (0)

11/02/2011

Le Moulin de Rahimont-Bertogne (deuxième partie) : Les Annexes

Les Annexes : soue aux cochons, bergerie, poulailler, étable (Jacques Diez)

La Soue : Mon grand-père avait quatre cochons (un d'entre eux, je me souviens, s'appelait Joseph, en hommage à mon arrière-grand-père).

La Poulailler : Il contenait une vingtaine de poules.

La Bergerie: Elle se trouvait dans le corps de logis et il y avait six brebis.

L'Etable : elle contenait en moyenne six bêtes, quatre vaches et deux veaux.

Il est évident que mon grand-père malgré toute sa bonne volonté n'était pas en mesure de tout gérer. Donc, il a engagé un domestique luxembourgeois. Il s'appelait Camille Schierres qui, par un hasard des choses, devint mon oncle par alliance. Il a épousé la soeur de ma mère. Ils sont allés s'installer à la limite de la Belgique et du Luxembourg, à Aubange.

Faits de guerre 

Le temps s'est écoulé, la guerre de 40-45 se termine, et nous sommes durant la Bataille des Ardennes. Elle nous a laissés en paix car nous avons vu très peu d'Allemands, exception faite de la dernière vague. Il s'agissait d'un groupe de SS (une cinquantaine). On hébergeait à ce moment-là un lieutenant américain et son ordonnance. L'officier était blessé et a essayé de se sauver à trvaers les bois. Les Schleus l'ont abattu, ils ont aussi exécuté l'ordonnance. Cela a rendu les SS furieux, ils s'en sont pris à tous les membres de la famille et à moi-même.  Ils nous ont sortis de la maison, il y avait beaucoup de neige, ils ont déshabillé mon grand-père, l'ont battu à coups de crosse de fusil pour lui faire avouer où nous avions hébergé et caché des réfractaires (des résistants belges). A ce moment-là, j'avais à peine 10 ans, j'ai réagi en bottant le cul de l'officier allemand. Il s'est retourné et avec ses énormes bottes, il m'a rendu le coup et m'a brisé le coccyx. J'ai cru que ma dernière heure avait sonné. Pendant ce temps-là, les Américains, chargés de nettoyer la zone, sont tombés sur les Allemands. Il y a eu une courte fusillade qui a détruit les cinquante SS. Tout est rentré dans l'ordre, les Américains ont nettoyé les environs et sont repartis vers le village de Bertogne.

 

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 Photo de la roue à godets du moulin de Rahimont (photo extraite de l'ouvrage de Jacky Adam, auteur de "Des Moulins et des hommes" (tome 2). Cette roue a été construite par Louis Schul, artisan charpentier de Maissin.

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11:04 Écrit par animation sainte-anne dans Jacques Diez | Lien permanent | Commentaires (0)

14/01/2011

Le Moulin à eau de Rahimont-Bertogne

Le Moulin à eau de Rahimont-Bertogne

par Jacques Diez 

 

(épisode 1)

 

Mes grands-parents sont arrivés en 1933 à Rahimont-Bertogne (à 13 km de Bastogne). Ils se sont installés au moulin.  Mon grand-père avait été gardien de sécurité à la Tuilerie de Martelange. Le couple a eu sept enfants dont trois ont vécu (Maman qui s'appelait Clémence, Eugène - qui reprendra un moulin à eau au Grand-Duché, à Boulaide - et Anna - qui a suivi des cours de couture à l'Ecole de Formation).

 

Dans les enfants décédés du couple, il y avait deux fils et une fille qui est morte noyée dans la rivière du moulin qui s'appelait la Rouette. Les deux garçons sont morts de maladie, l'un à 16 ans, l'autre à 17 ans.

 

Mon grand-père faisait tout le travail au moulin. Recevoir les clients, décharger les sacs de blé, d'épeautre, d'avoine, etc, transmettre le grain via les trémies dans le système mécanique de broyage du moulin, recueillir la farine et la mettre en sac. La mise en sac distinguait deux éléments : la farine et le son. Le son était utilisé pour la nourriture des animaux.  Au bout du broyeur, il y avait un grand tamis de trois mètres. Et ces grands tamis provenaient tous de Mons où se trouvait le fabricant, le seul, au demeurant.

Indépendamment de ses activités de meunier, mon grand-père était menuisier-charpentier ce qui lui permettait en activité complémentaire d'exercer un second métier pour faire vivre sa famille. Ce sont ses diverses connaissances et compétences qui lui ont permis d'entretenir le moulin en parfait état.

Le moulin à eau fonctionnait avec une arrivée d'eau prélevée dans la Rouette, par une système de vannes étendu sur quatre kilomètres. Au bout, l'eau tombait dans un bassin qui avait deux activités : réservoir pour le moulin et réservoir pour la laverie (nettoyage du linge et des vêtements de la famille). Dans ce plan d'eau, outre l'entrée signalée plus haut, il y avait deux autres ouvertures, une permettant d'éliminer les eaux lorsque le moulin ne fonctionnait pas et l'autre qui s'ouvrait pour mettre le moulin en mouvement. Là, quand l'eau quittait la roue, elle rejoignait la Rouette. Via la roue, c'était une distribution constante d'eau par l'intermédiaire de sabots. Cela actionnait la roue et l'arbre principal (constitué d'un tronc de 90 cm) transmettait les forces au moulin. Toute la machinerie qui actionnait les accessoires (les roues dentées plus grandes les unes que les autres) se trouvait au niveau cave. La machinerie se subdivisait en deux éléments : l'un destiné au broyage entre deux roues de pierre, l'autre destiné au broyage spécifique de l'avoine. Ces roues de pierre devaient être entretenues de façon naturelle, manuelle et régulière par mon grand-père. Ce travail consistait à marquer les pierres avec un poinçon. C'était un travail énorme et qui réclamait une grande dépense d'énergie. Il fallait, l'une après l'autre, suspendre les pierres à l'aide d'une grue située au grenier et qui guidait le dispositif vers les meules

 

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D'abord, deux vues du moulin de Rahimont apaprtenant à mon grand-père. Ensuite, mon grand-père Joseph Perrad (propriétaire du moulin) et ma grand-mère (Elisabeth Backes). Lui est né en 1879 et décédé en 1966. Elle est née à Bodange en 1881 et décédée au Moulin de Rahimont en 1958.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:46 Écrit par animation sainte-anne dans Jacques Diez | Lien permanent | Commentaires (0)