11/10/2011

Décès de Lucien Charlier

LUCIEN CHARLIER

Notre ami Lucien Charlier, entré chez nous le 19 mai 2011, né le 21  avril 1932, est décédé ce lundi 10 octobre 2011 vers 16.30. Homme très sympathique, discret, aimable, très épris de sa profession d'agriculteur, Lucien était très entouré par les siens. Célibataire, il avait autour de lui le fervent cercle de ses neveux et nièces. A son entrée parmi nous, Lucien s'était, lors d'une petite interview d'accueil, ainsi donné à connaître de nous. Nous reproduisons ici, avec émotion et respect, ses propos.

 

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Je suis né à Feschaux, mes parents étaient cultivateurs, on avait du bétail, sur la fin, on avait 100, 120 bêtes et on cultivait un peu de tout : froment, avoine, plantes fourragères, betteraves fourragères. Mes parents ont eu cinq enfants : Lucienne, Victor, Léon, Angèle et moi. Ils sont aujourd’hui tous décédés.

Lucienne a été à l’école et elle a fait de la politique au niveau local et régional. Mais elle est toujours restée à la ferme. Elle ne s’est pas mariée. C’est elle qui cuisinait pour nous et s’occupait de nos parents quand ils ont été malades. Lucienne est décédée dans les années 90.

Victor s’est marié et il est parti travailler à Finnevaux dans une ferme. Sa femme faisait les ménages à l’école Moyenne à Beauraing. Ils ont eu deux fils dont un est décédé. Il était ingénieur, il était en voyage à Paris, il a fait un problème, une courte hospitalisation, huit, dix jours et il est mort. L’autre fils était instituteur puis est devenu inspecteur. Il vint me voir, il était encore là il y a quatre ou cinq jours.

Léon ne s’est jamais marié, il est resté vieux jeune homme, il est resté à la ferme. Il est décédé aussi, en 95.

Angèle s’est mariée, elle est restée au village, son mari était garde-champêtre à Feschaux. A la fin de sa carrière, il est allé à Beauraing. Ils ont eu six enfants : Arlette, Marie-Bernard, Jean-Paul, Christian, qui est décédé, Fabienne et Vincent. Tous les autres sont en vie, ils viennent me voir, ce sont eux qui s’occupent de moi.

Lucienne avait 9 ou 10 ans de plus que moi. Les autres se suivent à plus ou moins un an, Angèle, deux ans, et moi, 7 ou 8 ans après elle.

Ma mère est morte jeune, elle avait le diabète, elle morte quand j’ai été soldat, en 52, je crois. Je rentrais du service militaire, elle avait une bonne cinquantaine d’années. C’est pour soigner Maman que Lucienne est restée à la maison, c’est un diabète qui a duré assez longtemps. Le diabète est une maladie de famille, j’en souffre, mais c’est léger. Ça été difficile pour papa. Mais lui est mort beaucoup plus tard. Papa est décédé dans les années 70.

Moi, j’ai toujours travaillé à la ferme. Un de mes neveux a repris ça à temps partiel. En septembre 2011, c’est encore moi qui ai charrué. J’espérais rester là jusqu’au moment de ma mort. Voyez la déception que c’est d’abandonner tout ça.  Depuis un certain temps, j’étais seul à la ferme, je faisais des chutes. Il m’est arrivé plusieurs fois de passer la nuit au sol parce que j’avais fait une chute et que je ne pouvais pas me redresser. On m’avait aménagé un lit en bas pour m’éviter les escaliers. Dans le fond, on essayait de tout faire pour me laisser chez moi. Mais ça n’allait plus. En plus, je n’ai jamais fait à manger de toute ma vie. Je n’ai jamais su. C’était ma mère, mes sœurs qui prenaient ça en charge. Jamais je n’ai fait une tasse de café ni cuire un œuf. Je ne saurai jamais. Donc, c’était plus possible. A cause de la solitude, je perdais un peu la tête, j’ai dû être hospitalisé, j’étais désorienté. Mes nièces et neveux, - qui s’occupent bien de moi, qui viennent deux ou trois fois la semaine -, ont pensé qu’il valait mieux pour moi aller dans une maison de repos.

Au début, je n’étais pas content, puis, après quelques jours, j’ai vu que j’étais mieux ici, que c’était mieux pour moi. Le soir, mon neveu me téléphone, il me parle des travaux qu’il a réalisés, la fenaison, tout ça, j’ai le cœur gros mais ça me plaît de savoir. Ce qui m’intéresserait, c’est de retourner voir une fois les terres, faire le tour du propriétaire. Je demanderai une fois à mon neveu.

Au début, j’ai commencé avec des chevaux de trait. On avait des poulains, on en revendait, on les habituait au travail. Au début, j’avais 16 ans. On travaillait avec des Ardennais, des bêtes magnifiques. Il y avait Fanny, Bertha, Lisa, Marquis, Max, on en a eu beaucoup, c’est moi qui baptisais, c’est moi qui veillais quand les juments mettaient bas. J’ai eu le premier tracteur en 63, un Fiat, on en encore gardé deux chevaux deux ans, ensuite, on les a vendus. Quand on les vendait, j’étais pas là, je ne voulais pas voir ça, ça me faisait trop de peine. Ça oui, j’aimais beaucoup les chevaux. Je garde ça en tête.      

11:04 Écrit par animation sainte-anne | Lien permanent | Commentaires (0)

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