22/06/2009

Légendes et récits de nos résidants

La légende des Trois Dames de Bouvignes

 

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Germaine Cravatte

 

 

J'ai entendu parler de cette histoire quand j'étais gamine. C'est le chanoine Hayot, curé de Bouvignes, qui la racontait. Toutes ces histoires à propos du passé, de la mémoire, des vestiges  de Crèvecoeur l'exaltaient beaucoup. Aujourd'hui, le chanoine est mort, il a une stèle encastrée dans une paroi de l'Eglise. Quand je pense aux dames de Crèvecoeur, c'est le souvenir du chanoine qui me revient en mémoire. C'est lui qui nous a raconté cette légende.

 

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Le château était assailli. l'ennemi prenait clairement le dessus. Après une longue résistance, les soldats du château succombaient les uns après les autres. Trois Dames s'étaient réfugiées dans une tour du château de Crèvecoeur. Elles comprenaient que c'était perdu et plutôt que de se laisser prendre, elles se donnèrent la main et elles se jetèrent dans le vide.

 

Légende , dit-on. Peut-être. Il y a toujours une messe chaque année pour les dames de Crèvecoeur. Le Chanoine affirmait qu'une somme d'argent était placée afin qu'une messe soit célébrée chaque année à la mémoire des Trois Dames. C'est le souvenir, fort imprécis, que je garde aujourd'hui de la légende.

 

Quand on était gosses, on allait jouer sur les ruines. Mon frère allait prendre des grenouilles dans les étangs formés par la pluie. On pouvait accèder par le bois de sapins. On pouvait aussi gravir par les marches. Quelquefois, je montais par les rochers. C'était malgré tout un lieu qui présentait du danger. A cette époque, les lieux étaient très animés. C'était magnifique pour les enfants : les bois, le château, les cachettes, la vue magnifique.

 

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Le Chanoine Hayot avait fait consolider la tour, mais c'était déjà trop tard, c'était trop abîmé. Le Chanoine était un peu attristé par le résultat, dans l'ensemble, ces réfections paraissaient trop neuves.

 

Franz Paquet racontait aussi la légende des Trois Dames. Il était peintre et photographe. Il avait perdu un bras dans un accident ferroviaire, je crois, il était manchot. Les enfants l'adoraient. C'était un homme bienveillant, plein de gentillesse. Il était athée mais était tout de même très copain avec le chanoine. Avant de se rendre à la messe dominicale, tous les enfants de Bouvignes, coiffés de leur plus beau bonnet, passaient chez Franz. Par un tour à sa manière, il parvenait toujours, sans être aperçu, à saisir le joli bonnet d'un enfant et à le remplacer par son vieux bonnet. Franz nous avait raconté une autre tradition bouvignoise. Quand quelqu'un avait fauté, on montait en haut de Crévecoeur et on entonnait un chant dans lequel on glissait la faute : on chantait pour que chacun profite de l'anecdote. On ne ferait plus ça aujourd'hui. Cette chanson se terminait par "Holà, holà, vivent les Bouvignois". Elle était en wallon.

 

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Deux compléments d'information sur la Légénde nous sont fournis par la fille de Germaine. Le premier in "Wallonie, Terre de Légendes" (Noir Dessin Production, 1998, Grivegniée, Liège). Ces sources nous permettent de situer la légende dans le temps. L'acte de résistance des trois Dames a lieu dans les circonstances suivantes. La chose advient en 1554. Menant un projet d'invasion des Pays-bas, les soldats de Henri II, roi de France, exigent que Bouvignes ouvre ses portes. Refus. L'assaut est donné et il s'en suit une véritable tragédie. Malgré la défense héroïque des soldats du château, les bombardmeents et les assauts viennent à bout de leur courage. C'est dans ce cadre que le livre situe le sacrifice des Dames de Crèvecoeur. Cette histoire, apprend-on, se répand, coloportée au XIX ème siècle, par un chanteur de rue aveugle. En voici quelques vers :

 

Pour ne pas tomber vivantes,

 

aux mains des durs assiégeants, les trois dames bravement

 

s'en vont sur la tour branlante, monter en blancs vêtements

 

et par la main se tenant, elles font une prière

 

en levant les yeux au ciel et puis, d'un saut merveilleux

 

quittant la tour meurtrière, tombent dans l'air du Bon Dieu

 

sur les piques et les pieux. Depuis ce trépas si digne

 

qui nous crève à tous le coeur, on appela Crèvecoeur,

 

le vieux château de Bouvignes ...

 

La seconde source nous vient de la revue "Les Echos de Crèvecoeur" (décembre 2001, n°9 - Cercle Bouvignois d'Archéologie, d'Histoire et de Folklore") sous la forme d'un long poème de Franz Raiwez dont voici le premier quatrain :

 

Elles étaient trois soeurs, toutes nobles et belles.

 

On disait au château : les saintes demoiselles.

 

Oh ! pure était leur âme et simple était leur coeur.

 

Un seul culte étranger les possédait : l'Honneur !

 

(Les Echos de Crèvecoeur, 29 rue Richier, 5500 Bouvignes - Contact Mail : jeanbaptiste.raty@yucom.be )
  

13:26 Écrit par animation sainte-anne dans récit | Lien permanent | Commentaires (0)

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